dimanche 18 janvier 2026

Vers les rivages enchantés, les féeriques promenades en mer d'Ajaccio à Scandola

Promenades en mer d'Ajaccio à Scandola, balade vers le joyau de la Corse

Quand le soleil du matin caresse les eaux calmes du port Tino Rossi à Ajaccio, les bateaux se préparent à lever l'ancre pour une odyssée maritime qui compte parmi les plus somptueuses de Méditerranée. Cette traversée vers la réserve naturelle de Scandola, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, dévoile un chapelet de merveilles naturelles où se succèdent falaises de granit rose, criques secrètes et eaux translucides. Durant huit heures, le long d'un littoral sculpté par les millénaires, les voyageurs découvrent une Corse sauvage et préservée, accessible uniquement depuis la mer. De la cité impériale aux confins du golfe de Porto, cette escapade maritime compose un tableau d'une beauté vertigineuse, où la nature règne en maîtresse absolue sur un territoire que la main de l'homme n'a jamais domestiqué.

Le départ depuis Ajaccio, une invitation au grand large

Les premiers rayons du jour illuminent la citadelle génoise qui domine le port d'Ajaccio. Sur les quais du port Tino Rossi, l'effervescence matinale contraste avec la quiétude qui règne encore sur le golfe. Les skippers vérifient leurs embarcations, semi-rigides rapides ou vedettes confortables, tandis que les passagers embarquent, le cœur gonflé d'impatience. Cette position géographique stratégique fait d'Ajaccio le point de départ idéal pour explorer la côte occidentale de la Corse, la ville se situe à équidistance des sites les plus spectaculaires de l'île.

Le rugissement des moteurs rompt soudain le silence. Les bateaux quittent progressivement le port, longeant d'abord le front de mer ajaccien avec ses immeubles ocre et ses palmiers qui ondulent dans la brise marine. La silhouette imposante de la citadelle s'éloigne, remplacée par des villas cossues qui ponctuent le rivage. Le golfe d'Ajaccio déploie sa majesté, large baie ouverte sur la Méditerranée, protégée au sud par les îles Sanguinaires dont les rochers de porphyre rouge prennent des teintes écarlates au crépuscule.

La navigation se fait plein nord, longeant une côte qui révèle déjà ses trésors, plages de sable blanc, criques dissimulées derrière des promontoires rocheux, maquis dense qui exhale ses parfums jusqu'à la mer. Les villages perchés – Cargèse, Piana – se devinent à peine, suspendus entre ciel et terre. Les embruns salés fouettent doucement les visages. L'excitation monte tandis que le bateau file sur les flots, laissant derrière lui un sillage d'écume blanche.

Le capitaine, souvent natif de la région, commence ses commentaires. Il raconte l'histoire de cette côte, évoque les marins qui l'ont parcourue avant nous, les pêcheurs qui en connaissent les moindres recoins. Sa voix se mêle au ronronnement du moteur et au cri des goélands qui accompagnent l'embarcation. Ce premier segment de navigation dure environ une heure, suffisamment long pour que les passagers s'imprègnent de l'immensité marine, suffisamment court pour que l'impatience de découvrir les sites mythiques reste intacte.

Capo Rosso et les calanques de Piana, l'éclat du granit rose

Le premier émerveillement surgit au détour d'un cap, le Capo Rosso. Cette avancée rocheuse, ultime bastion avant le golfe de Porto, compose un paysage d'une beauté presque irréelle. Le granit rose, poli par les vents et les embruns, prend des tonalités qui varient selon la lumière, ocre au petit matin, flamboyant à midi, pourpre au crépuscule. Les formations rocheuses dessinent des sculptures naturelles aux formes étranges, animaux pétrifiés ou silhouettes fantastiques que l'imagination de chacun interprète à sa guise.

Le bateau ralentit, s'approche des falaises. Les piscines naturelles du Capo Rosso se révèlent, vasques d'eau turquoise creusées dans la roche, où la mer vient lécher le granit dans un ballet hypnotique. C'est le premier arrêt baignade de la journée. L'eau, d'une clarté sidérante, permet de distinguer le fond rocheux plusieurs mètres sous la surface. Les poissons évoluent entre les rochers couverts d'algues. La température, fraîche au printemps, se révèle délicieuse en été. Nager dans ces bassins naturels, entouré de falaises qui plongent verticalement dans la mer, procure une sensation de communion absolue avec la nature.

La navigation reprend vers les calanques de Piana, formations géologiques mondialement célèbres. Vues depuis la route qui serpente entre Piana et Porto, elles impressionnent déjà. Découvertes depuis la mer, elles sidèrent. Les orgues de granit rose s'élèvent à plus de trois cents mètres au-dessus des flots, dressant vers le ciel des pinacles vertigineux, des aiguilles acérées, des tours crénelées qui évoquent les fortifications médiévales. L'érosion a sculpté ces roches volcaniques durant des millions d'années, creusant grottes et anfractuosités où se nichent les oiseaux marins.

Le skipper manœuvre avec habileté, glissant l'embarcation dans des passages étroits entre les rochers. Les grottes se succèdent, cathédrales naturelles aux voûtes ornées de concrétions calcaires. La plus célèbre, la grotte des Amoureux, doit son nom à sa forme en cœur. La lumière qui pénètre par l'ouverture créé des jeux d'ombre et de clarté d'une beauté saisissante. L'eau, confinée dans ces cavités, prend des nuances de vert jade et de bleu cobalt. Le silence qui règne dans ces sanctuaires naturels amplifie le clapotis des vagues contre les parois rocheuses.

Des nids de balbuzards pêcheurs se devinent accrochés aux parois les plus inaccessibles. Ces rapaces majestueux, menacés de disparition, trouvent refuge dans ces falaises où l'homme ne peut les déranger. Observer l'un de ces oiseaux fondre sur l'eau pour capturer un poisson constitue un spectacle rare et privilégié. Les goélands argentés tournoient dans le ciel, leurs cris résonnant entre les murailles de pierre.

La réserve de Scandola, un sanctuaire naturel préservé

L'approche de la réserve naturelle de Scandola marque le point culminant de l'excursion. Créée en 1975, première réserve terrestre et marine de France, ce territoire protégé s'étend sur près de deux mille hectares. Accessible uniquement par la mer, ce sanctuaire écologique illustre ce que devient la nature quand l'homme cesse de l'exploiter. Les falaises de porphyre rouge et de basalte noir plongent dans une eau d'une pureté exceptionnelle, abritant une biodiversité marine d'une richesse inouïe.

Le bateau pénètre dans la réserve avec lenteur, respectant les consignes strictes qui régissent la navigation dans cette zone protégée. Les moteurs tournent au ralenti pour ne pas perturber la faune. Le silence se fait à bord, chacun se laissant envoûter par la majesté des lieux. Les formations géologiques de Scandola diffèrent de celles des calanques de Piana, ici, le volcanisme ancien a créé des orgues basaltiques, colonnes de lave refroidie qui dessinent des motifs géométriques parfaits. Les grottes marines, plus vastes qu'ailleurs, pénètrent profondément dans la roche, créant des galeries où l'eau se teinte de bleu nuit.

La végétation qui colonise les falaises témoigne d'une adaptation remarquable à un milieu hostile. Le maquis s'accroche aux moindres failles, déployant un camaïeu de verts ponctué par les fleurs de l'immortelle corse, plante endémique aux vertus médicinales reconnues. Les arbousiers, les myrtes et les lentisques composent une couverture végétale dense qui exhale des parfums capiteux. Au printemps, les euphorbes arborescentes se parent de fleurs jaunes éclatantes qui contrastent avec le rouge sombre des roches.

La faune marine de Scandola justifie à elle seule le classement UNESCO. Les mérous bruns, poissons majestueux pouvant atteindre plus d'un mètre de long, évoluent paisiblement dans les eaux cristallines. Les rougets, les dentis, les sars argentés composent un ballet incessant entre les rochers couverts de posidonies. Dans les grottes les plus profondes, les murènes dissimulent leurs corps serpentins dans les anfractuosités. Les langoustes, autrefois abondantes sur toute la côte corse, trouvent ici un refuge où elles peuvent proliférer à l'abri des pêcheurs.

Les chanceux apercevront peut-être un banc de dauphins. Ces mammifères marins fréquentent assidûment les eaux de Scandola, riches en poissons. Leur apparition soudaine, leurs bonds gracieux hors de l'eau, leur curiosité qui les pousse à s'approcher des bateaux, provoquent invariablement des exclamations émerveillées. Certaines compagnies maritimes ont obtenu le label "High Quality Whale Watching", garantissant une observation respectueuse des cétacés. Plus rares mais non impossibles, les tortues caouannes pointent parfois leur tête hors de l'eau avant de replonger dans les profondeurs.

Girolata, un village hors du temps

Après l'intensité émotionnelle de Scandola, le bateau met le cap sur Girolata. Ce minuscule village de pêcheurs apparaît au fond d'une anse profonde, dominé par une tour génoise du XVIe siècle. L'arrivée par la mer révèle toute la magie du lieu, quelques maisons aux façades délavées par le sel, un port miniature où sont amarrées des barques de pêcheurs, une plage de galets où se prélassent parfois des vaches en liberté. L'absence totale de route accessible aux véhicules confère à Girolata une atmosphère d'isolement romantique.

Le hameau s'anime durant la saison estivale avec l'arrivée des touristes venus par bateau ou par le sentier muletier qui descend depuis Osani. Trois restaurants proposent leurs tables face à la mer, spécialisés dans les produits de la pêche locale et les spécialités corses. C'est ici que se déroule traditionnellement la pause déjeuner, durant environ deux heures. Les passagers peuvent déjeuner au restaurant, appréciant langouste grillée, rougets poêlés ou friture de petits poissons, accompagnés d'un vin blanc corse bien frais.

La baignade à Girolata offre un contraste saisissant avec celle du Capo Rosso. Le fond de galets, l'eau moins profonde et plus calme créent un lagon naturel idéal. La tour génoise qui se dresse sur son éperon rocheux offre, pour ceux qui gravissent le sentier escarpé, un panorama exceptionnel sur le golfe et les montagnes de l'arrière-pays. Cette parenthèse hors du temps constitue un intermède bienvenu dans une journée riche en émotions visuelles.

Le retour par le golfe de Porto, derniers enchantements

L'après-midi s'avance. Il est temps de reprendre la mer pour le voyage de retour vers Ajaccio. L'itinéraire emprunte le golfe de Porto, autre joyau naturel inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. La navigation longe des falaises moins imposantes que celles de Scandola, mais tout aussi spectaculaires. Le village de Porto, blotti au fond de son golfe, se distingue par sa tour génoise carrée, unique en Corse, qui trône sur un promontoire dominant la marine.

Le bateau ne fait généralement qu'un passage rapide devant Porto, laissant aux passagers le temps d'admirer ce site remarquable. La plage de galets gris, les maisons blanches qui s'étagent sur la colline, les eucalyptus géants qui bordent le cours d'eau composent un tableau harmonieux. Les plus curieux reviendront peut-être en voiture pour explorer les gorges de la Spelunca, canyon spectaculaire qui s'enfonce dans l'arrière-pays.

La dernière étape avant le retour vers Ajaccio offre souvent un ultime arrêt baignade, généralement au pied du Capo Rosso, revisité sous une lumière différente de celle du matin. Le soleil, plus bas sur l'horizon, intensifie les teintes roses et orangées du granit. L'eau, réchauffée par les heures d'ensoleillement, se révèle plus accueillante encore. Cette dernière immersion dans les eaux corses laisse un souvenir indélébile, conclusion parfaite d'une journée exceptionnelle.

La navigation vers Ajaccio se fait dans une ambiance détendue. Les conversations s'animent, les passagers partagent leurs impressions, commentent les photos prises durant la journée. Certains sommeillent, bercés par le ronronnement régulier du moteur et le tangage du bateau sur une mer souvent plus agitée l'après-midi. Le ciel prend des teintes pastel tandis que le soleil amorce sa descente vers l'horizon.

Les îles Sanguinaires se profilent, annonçant la proximité d'Ajaccio. Ces quatre îlots rocheux, composés de porphyre rouge, doivent leur nom à la couleur flamboyante qu'ils arborent au coucher du soleil. Certaines excursions proposent d'ailleurs une variante crépusculaire, centrée sur les îles Sanguinaires, pour admirer ce spectacle naturel depuis la mer. Le phare qui se dresse sur la plus grande île, la Mezzu Mare, envoie ses signaux lumineux tandis que le jour décline.

L'arrivée au port Tino Rossi se fait dans les lueurs dorées du soir. La citadelle d'Ajaccio se découpe en ombre chinoise sur le ciel embrasé. Les passagers débarquent, les jambes un peu flageolantes après huit heures en mer, l'esprit empli d'images somptueuses, le cœur gonflé de gratitude envers cette nature généreuse qui leur a offert tant de beautés. Les adieux au skipper se font chaleureux, chacun remerciant cet ambassadeur discret qui a partagé son amour de la Corse.

Une excursion Ajaccio-Scandola complètement réussie

Organiser une promenade en mer d'Ajaccio vers Scandola nécessite quelques précautions pour profiter pleinement de l'expérience. La réservation s'impose, particulièrement durant les mois de juillet et août où les places s'arrachent rapidement. Plusieurs compagnies maritimes opèrent depuis le port Tino Rossi, proposant des formules variées, semi-rigides rapides pour les amateurs de sensations, vedettes plus spacieuses pour les familles, catamarans pour un confort optimal.

Les semi-rigides, plus maniables, permettent de s'approcher au plus près des falaises et des grottes. Les vedettes offrent davantage de confort avec leurs espaces ombragés et leurs toilettes à bord. Les catamarans conjuguent stabilité et espace, idéaux pour ceux qui craignent le mal de mer. La météo conditionne le déroulement de l'excursion. Le printemps et l'automne offrent des conditions souvent excellentes, avec une fréquentation moindre qu'en plein été.

L'équipement recommandé comprend crème solaire haute protection, lunettes de soleil, chapeau, maillot de bain et serviette. Un coupe-vent léger se révèle utile pour la navigation matinale. Pour le déjeuner à Girolata, deux options s'offrent, réserver une table dans l'un des restaurants du village ou apporter son pique-nique.

Une odyssée maritime inoubliable

Les promenades en mer qui relient Ajaccio à la réserve de Scandola composent une expérience qui dépasse largement le cadre d'une simple excursion touristique. Ce voyage maritime s'apparente à une initiation aux beautés secrètes de la Corse, à ces territoires préservés où la nature déploie sa puissance créatrice sans entraves.

Cette odyssée révèle une Corse différente de celle des plages bondées et des villages touristiques. Une Corse verticale, minérale, sauvage, où les falaises plongent dans une mer d'une transparence cristalline. Une Corse habitée par une faune et une flore qui ont trouvé refuge dans ces sanctuaires naturels protégés. Une Corse qui rappelle que l'île mérite pleinement son surnom de montagne dans la mer.

Partir depuis Ajaccio pour explorer ces rivages enchantés permet de comprendre pourquoi tant de voyageurs se sont épris de ces paysages. La beauté qui se déploie le long de cette côte occidentale possède quelque chose d'absolu, d'intemporel, qui touche au sublime. Les formations rocheuses de Scandola et de Piana témoignent de la patience infinie de la nature. Les eaux turquoise qui baignent ces côtes abritent une vie foisonnante qui rappelle la richesse fragile de la Méditerranée.

Cette excursion maritime inscrit dans la mémoire des images indélébiles, le granit rose du Capo Rosso embrasé par le soleil, les orgues basaltiques de Scandola dressés vers le ciel, le village minuscule de Girolata endormi au fond de son golfe. Plus qu'un catalogue de sites remarquables, ce périple offre une expérience sensorielle complète où se mêlent la caresse du vent marin, l'odeur salée des embruns, la chaleur du soleil sur la peau, la fraîcheur délicieuse de l'eau lors des baignades.

Au-delà de la beauté des paysages, ces promenades en mer sensibilisent à la fragilité de ces écosystèmes exceptionnels. Le classement UNESCO de Scandola, la protection dont bénéficie la réserve, rappellent que ces merveilles naturelles ne subsistent que grâce à une vigilance constante.

Pour qui séjourne à Ajaccio ou dans ses environs, cette excursion constitue une priorité absolue. Elle révèle une dimension de la Corse que la route ne permet pas d'appréhender, des sites inaccessibles autrement qu'en bateau, des points de vue qui transforment la perception de l'île. Revenir au port après huit heures en mer, c'est rapporter avec soi un trésor de souvenirs, des images gravées dans la mémoire qui resurgiront longtemps après le retour. C'est avoir touché du doigt cette beauté sauvage qui fait de la Corse une destination unique en Méditerranée.


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