Promenades en mer d'Ajaccio à Scandola, balade vers le joyau de la Corse
Quand le
soleil du matin caresse les eaux calmes du port Tino Rossi à Ajaccio, les
bateaux se préparent à lever l'ancre pour une odyssée maritime qui compte parmi
les plus somptueuses de Méditerranée. Cette traversée vers la réserve naturelle
de Scandola, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, dévoile un chapelet de
merveilles naturelles où se succèdent falaises de granit rose, criques secrètes
et eaux translucides. Durant huit heures, le long d'un littoral sculpté par les
millénaires, les voyageurs découvrent une Corse sauvage et préservée,
accessible uniquement depuis la mer. De la cité impériale aux confins du golfe
de Porto, cette escapade maritime compose un tableau d'une beauté vertigineuse,
où la nature règne en maîtresse absolue sur un territoire que la main de
l'homme n'a jamais domestiqué.
Le départ depuis Ajaccio, une invitation au grand large
Les premiers
rayons du jour illuminent la citadelle génoise qui domine le port d'Ajaccio.
Sur les quais du port Tino Rossi, l'effervescence matinale contraste avec la
quiétude qui règne encore sur le golfe. Les skippers vérifient leurs
embarcations, semi-rigides rapides ou vedettes confortables, tandis que les
passagers embarquent, le cœur gonflé d'impatience. Cette position géographique
stratégique fait d'Ajaccio le point de départ idéal pour explorer la côte
occidentale de la Corse, la ville se situe à équidistance des sites les plus
spectaculaires de l'île.
Le rugissement des moteurs rompt soudain le silence. Les bateaux quittent progressivement le port, longeant d'abord le front de mer ajaccien avec ses immeubles ocre et ses palmiers qui ondulent dans la brise marine. La silhouette imposante de la citadelle s'éloigne, remplacée par des villas cossues qui ponctuent le rivage. Le golfe d'Ajaccio déploie sa majesté, large baie ouverte sur la Méditerranée, protégée au sud par les îles Sanguinaires dont les rochers de porphyre rouge prennent des teintes écarlates au crépuscule.
La
navigation se fait plein nord, longeant une côte qui révèle déjà ses trésors, plages
de sable blanc, criques dissimulées derrière des promontoires rocheux, maquis
dense qui exhale ses parfums jusqu'à la mer. Les villages perchés – Cargèse,
Piana – se devinent à peine, suspendus entre ciel et terre. Les embruns salés
fouettent doucement les visages. L'excitation monte tandis que le bateau file
sur les flots, laissant derrière lui un sillage d'écume blanche.
Le
capitaine, souvent natif de la région, commence ses commentaires. Il raconte
l'histoire de cette côte, évoque les marins qui l'ont parcourue avant nous, les
pêcheurs qui en connaissent les moindres recoins. Sa voix se mêle au
ronronnement du moteur et au cri des goélands qui accompagnent l'embarcation.
Ce premier segment de navigation dure environ une heure, suffisamment long pour
que les passagers s'imprègnent de l'immensité marine, suffisamment court pour
que l'impatience de découvrir les sites mythiques reste intacte.
Capo Rosso et les calanques de Piana, l'éclat du granit rose
Le premier
émerveillement surgit au détour d'un cap, le Capo Rosso. Cette avancée
rocheuse, ultime bastion avant le golfe de Porto, compose un paysage d'une
beauté presque irréelle. Le granit rose, poli par les vents et les embruns,
prend des tonalités qui varient selon la lumière, ocre au petit matin,
flamboyant à midi, pourpre au crépuscule. Les formations rocheuses dessinent
des sculptures naturelles aux formes étranges, animaux pétrifiés ou silhouettes
fantastiques que l'imagination de chacun interprète à sa guise.
Le bateau
ralentit, s'approche des falaises. Les piscines naturelles du Capo Rosso se
révèlent, vasques d'eau turquoise creusées dans la roche, où la mer vient
lécher le granit dans un ballet hypnotique. C'est le premier arrêt baignade de
la journée. L'eau, d'une clarté sidérante, permet de distinguer le fond rocheux
plusieurs mètres sous la surface. Les poissons évoluent entre les rochers
couverts d'algues. La température, fraîche au printemps, se révèle délicieuse
en été. Nager dans ces bassins naturels, entouré de falaises qui plongent
verticalement dans la mer, procure une sensation de communion absolue avec la
nature.
La navigation reprend vers les calanques de Piana, formations géologiques mondialement célèbres. Vues depuis la route qui serpente entre Piana et Porto, elles impressionnent déjà. Découvertes depuis la mer, elles sidèrent. Les orgues de granit rose s'élèvent à plus de trois cents mètres au-dessus des flots, dressant vers le ciel des pinacles vertigineux, des aiguilles acérées, des tours crénelées qui évoquent les fortifications médiévales. L'érosion a sculpté ces roches volcaniques durant des millions d'années, creusant grottes et anfractuosités où se nichent les oiseaux marins.
Le skipper
manœuvre avec habileté, glissant l'embarcation dans des passages étroits entre
les rochers. Les grottes se succèdent, cathédrales naturelles aux voûtes ornées
de concrétions calcaires. La plus célèbre, la grotte des Amoureux, doit son nom
à sa forme en cœur. La lumière qui pénètre par l'ouverture créé des jeux
d'ombre et de clarté d'une beauté saisissante. L'eau, confinée dans ces
cavités, prend des nuances de vert jade et de bleu cobalt. Le silence qui règne
dans ces sanctuaires naturels amplifie le clapotis des vagues contre les parois
rocheuses.
Des nids de
balbuzards pêcheurs se devinent accrochés aux parois les plus inaccessibles.
Ces rapaces majestueux, menacés de disparition, trouvent refuge dans ces
falaises où l'homme ne peut les déranger. Observer l'un de ces oiseaux fondre
sur l'eau pour capturer un poisson constitue un spectacle rare et privilégié.
Les goélands argentés tournoient dans le ciel, leurs cris résonnant entre les
murailles de pierre.
La réserve de Scandola, un sanctuaire naturel préservé
L'approche
de la réserve naturelle de Scandola marque le point culminant de l'excursion.
Créée en 1975, première réserve terrestre et marine de France, ce territoire
protégé s'étend sur près de deux mille hectares. Accessible uniquement par la
mer, ce sanctuaire écologique illustre ce que devient la nature quand l'homme
cesse de l'exploiter. Les falaises de porphyre rouge et de basalte noir
plongent dans une eau d'une pureté exceptionnelle, abritant une biodiversité
marine d'une richesse inouïe.
Le bateau pénètre dans la réserve avec lenteur, respectant les consignes strictes qui régissent la navigation dans cette zone protégée. Les moteurs tournent au ralenti pour ne pas perturber la faune. Le silence se fait à bord, chacun se laissant envoûter par la majesté des lieux. Les formations géologiques de Scandola diffèrent de celles des calanques de Piana, ici, le volcanisme ancien a créé des orgues basaltiques, colonnes de lave refroidie qui dessinent des motifs géométriques parfaits. Les grottes marines, plus vastes qu'ailleurs, pénètrent profondément dans la roche, créant des galeries où l'eau se teinte de bleu nuit.
La
végétation qui colonise les falaises témoigne d'une adaptation remarquable à un
milieu hostile. Le maquis s'accroche aux moindres failles, déployant un camaïeu
de verts ponctué par les fleurs de l'immortelle corse, plante endémique aux
vertus médicinales reconnues. Les arbousiers, les myrtes et les lentisques
composent une couverture végétale dense qui exhale des parfums capiteux. Au
printemps, les euphorbes arborescentes se parent de fleurs jaunes éclatantes
qui contrastent avec le rouge sombre des roches.
La faune marine de Scandola justifie à elle seule le classement UNESCO. Les mérous bruns, poissons majestueux pouvant atteindre plus d'un mètre de long, évoluent paisiblement dans les eaux cristallines. Les rougets, les dentis, les sars argentés composent un ballet incessant entre les rochers couverts de posidonies. Dans les grottes les plus profondes, les murènes dissimulent leurs corps serpentins dans les anfractuosités. Les langoustes, autrefois abondantes sur toute la côte corse, trouvent ici un refuge où elles peuvent proliférer à l'abri des pêcheurs.
Les chanceux
apercevront peut-être un banc de dauphins. Ces mammifères marins fréquentent
assidûment les eaux de Scandola, riches en poissons. Leur apparition soudaine,
leurs bonds gracieux hors de l'eau, leur curiosité qui les pousse à s'approcher
des bateaux, provoquent invariablement des exclamations émerveillées. Certaines
compagnies maritimes ont obtenu le label "High Quality Whale
Watching", garantissant une observation respectueuse des cétacés. Plus
rares mais non impossibles, les tortues caouannes pointent parfois leur tête
hors de l'eau avant de replonger dans les profondeurs.
Girolata, un village hors du temps
Après
l'intensité émotionnelle de Scandola, le bateau met le cap sur Girolata. Ce
minuscule village de pêcheurs apparaît au fond d'une anse profonde, dominé par
une tour génoise du XVIe siècle. L'arrivée par la mer révèle toute la magie du
lieu, quelques maisons aux façades délavées par le sel, un port miniature où
sont amarrées des barques de pêcheurs, une plage de galets où se prélassent
parfois des vaches en liberté. L'absence totale de route accessible aux
véhicules confère à Girolata une atmosphère d'isolement romantique.
Le hameau s'anime durant la saison estivale avec l'arrivée des touristes venus par bateau ou par le sentier muletier qui descend depuis Osani. Trois restaurants proposent leurs tables face à la mer, spécialisés dans les produits de la pêche locale et les spécialités corses. C'est ici que se déroule traditionnellement la pause déjeuner, durant environ deux heures. Les passagers peuvent déjeuner au restaurant, appréciant langouste grillée, rougets poêlés ou friture de petits poissons, accompagnés d'un vin blanc corse bien frais.
La baignade
à Girolata offre un contraste saisissant avec celle du Capo Rosso. Le fond de
galets, l'eau moins profonde et plus calme créent un lagon naturel idéal. La
tour génoise qui se dresse sur son éperon rocheux offre, pour ceux qui
gravissent le sentier escarpé, un panorama exceptionnel sur le golfe et les
montagnes de l'arrière-pays. Cette parenthèse hors du temps constitue un
intermède bienvenu dans une journée riche en émotions visuelles.
Le retour par le golfe de Porto, derniers enchantements
L'après-midi
s'avance. Il est temps de reprendre la mer pour le voyage de retour vers
Ajaccio. L'itinéraire emprunte le golfe de Porto, autre joyau naturel inscrit
au patrimoine mondial de l'UNESCO. La navigation longe des falaises moins
imposantes que celles de Scandola, mais tout aussi spectaculaires. Le village
de Porto, blotti au fond de son golfe, se distingue par sa tour génoise carrée,
unique en Corse, qui trône sur un promontoire dominant la marine.
Le bateau ne
fait généralement qu'un passage rapide devant Porto, laissant aux passagers le
temps d'admirer ce site remarquable. La plage de galets gris, les maisons
blanches qui s'étagent sur la colline, les eucalyptus géants qui bordent le
cours d'eau composent un tableau harmonieux. Les plus curieux reviendront
peut-être en voiture pour explorer les gorges de la Spelunca, canyon
spectaculaire qui s'enfonce dans l'arrière-pays.
La dernière étape avant le retour vers Ajaccio offre souvent un ultime arrêt baignade, généralement au pied du Capo Rosso, revisité sous une lumière différente de celle du matin. Le soleil, plus bas sur l'horizon, intensifie les teintes roses et orangées du granit. L'eau, réchauffée par les heures d'ensoleillement, se révèle plus accueillante encore. Cette dernière immersion dans les eaux corses laisse un souvenir indélébile, conclusion parfaite d'une journée exceptionnelle.
La
navigation vers Ajaccio se fait dans une ambiance détendue. Les conversations
s'animent, les passagers partagent leurs impressions, commentent les photos
prises durant la journée. Certains sommeillent, bercés par le ronronnement
régulier du moteur et le tangage du bateau sur une mer souvent plus agitée
l'après-midi. Le ciel prend des teintes pastel tandis que le soleil amorce sa
descente vers l'horizon.
Les îles
Sanguinaires se profilent, annonçant la proximité d'Ajaccio. Ces quatre îlots
rocheux, composés de porphyre rouge, doivent leur nom à la couleur flamboyante
qu'ils arborent au coucher du soleil. Certaines excursions proposent d'ailleurs
une variante crépusculaire, centrée sur les îles Sanguinaires, pour admirer ce
spectacle naturel depuis la mer. Le phare qui se dresse sur la plus grande île,
la Mezzu Mare, envoie ses signaux lumineux tandis que le jour décline.
L'arrivée au
port Tino Rossi se fait dans les lueurs dorées du soir. La citadelle d'Ajaccio
se découpe en ombre chinoise sur le ciel embrasé. Les passagers débarquent, les
jambes un peu flageolantes après huit heures en mer, l'esprit empli d'images
somptueuses, le cœur gonflé de gratitude envers cette nature généreuse qui leur
a offert tant de beautés. Les adieux au skipper se font chaleureux, chacun
remerciant cet ambassadeur discret qui a partagé son amour de la Corse.
Une excursion Ajaccio-Scandola complètement réussie
Organiser une promenade en mer d'Ajaccio vers Scandola nécessite quelques précautions pour profiter pleinement de l'expérience. La réservation s'impose, particulièrement durant les mois de juillet et août où les places s'arrachent rapidement. Plusieurs compagnies maritimes opèrent depuis le port Tino Rossi, proposant des formules variées, semi-rigides rapides pour les amateurs de sensations, vedettes plus spacieuses pour les familles, catamarans pour un confort optimal.
Les semi-rigides,
plus maniables, permettent de s'approcher au plus près des falaises et des
grottes. Les vedettes offrent davantage de confort avec leurs espaces ombragés
et leurs toilettes à bord. Les catamarans conjuguent stabilité et espace,
idéaux pour ceux qui craignent le mal de mer. La météo conditionne le
déroulement de l'excursion. Le printemps et l'automne offrent des conditions
souvent excellentes, avec une fréquentation moindre qu'en plein été.
L'équipement
recommandé comprend crème solaire haute protection, lunettes de soleil,
chapeau, maillot de bain et serviette. Un coupe-vent léger se révèle utile pour
la navigation matinale. Pour le déjeuner à Girolata, deux options s'offrent, réserver
une table dans l'un des restaurants du village ou apporter son pique-nique.
Une odyssée maritime inoubliable
Les
promenades en mer qui relient Ajaccio à la réserve de Scandola composent une
expérience qui dépasse largement le cadre d'une simple excursion touristique.
Ce voyage maritime s'apparente à une initiation aux beautés secrètes de la
Corse, à ces territoires préservés où la nature déploie sa puissance créatrice
sans entraves.
Cette
odyssée révèle une Corse différente de celle des plages bondées et des villages
touristiques. Une Corse verticale, minérale, sauvage, où les falaises plongent
dans une mer d'une transparence cristalline. Une Corse habitée par une faune et
une flore qui ont trouvé refuge dans ces sanctuaires naturels protégés. Une
Corse qui rappelle que l'île mérite pleinement son surnom de montagne dans la
mer.
Partir
depuis Ajaccio pour explorer ces rivages enchantés permet de comprendre
pourquoi tant de voyageurs se sont épris de ces paysages. La beauté qui se
déploie le long de cette côte occidentale possède quelque chose d'absolu,
d'intemporel, qui touche au sublime. Les formations rocheuses de Scandola et de
Piana témoignent de la patience infinie de la nature. Les eaux turquoise qui
baignent ces côtes abritent une vie foisonnante qui rappelle la richesse
fragile de la Méditerranée.
Cette
excursion maritime inscrit dans la mémoire des images indélébiles, le granit
rose du Capo Rosso embrasé par le soleil, les orgues basaltiques de Scandola
dressés vers le ciel, le village minuscule de Girolata endormi au fond de son
golfe. Plus qu'un catalogue de sites remarquables, ce périple offre une
expérience sensorielle complète où se mêlent la caresse du vent marin, l'odeur
salée des embruns, la chaleur du soleil sur la peau, la fraîcheur délicieuse de
l'eau lors des baignades.
Au-delà de
la beauté des paysages, ces promenades en mer sensibilisent à la fragilité de
ces écosystèmes exceptionnels. Le classement UNESCO de Scandola, la protection
dont bénéficie la réserve, rappellent que ces merveilles naturelles ne
subsistent que grâce à une vigilance constante.
Pour qui séjourne à Ajaccio ou dans ses environs, cette excursion constitue une priorité absolue. Elle révèle une dimension de la Corse que la route ne permet pas d'appréhender, des sites inaccessibles autrement qu'en bateau, des points de vue qui transforment la perception de l'île. Revenir au port après huit heures en mer, c'est rapporter avec soi un trésor de souvenirs, des images gravées dans la mémoire qui resurgiront longtemps après le retour. C'est avoir touché du doigt cette beauté sauvage qui fait de la Corse une destination unique en Méditerranée.








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