Plages, catamaran, Corse
Il y a des
projets de voyage qui ressemblent à des rêves d'enfance enfin accomplis. Faire
le tour de la Corse en catamaran géant est de ceux-là. Contempler l'île de Beauté
depuis le large, longer ses côtes au fil des milles nautiques, découvrir ses
plages et ses criques par la seule voie qui les révèle vraiment — celle de la
mer — constitue l'une des expériences nautiques les plus complètes et les plus
bouleversantes que la Méditerranée puisse offrir. La Corse vue depuis un grand
catamaran change de nature. Les falaises de Bonifacio paraissent encore plus
vertigineuses, les plages blanches des Agriates encore plus irréelles, les
calanques d'Ajaccio encore plus dramatiques. Le tour complet de l'île
représente environ 1 000 kilomètres de côtes d'une diversité géologique et
paysagère exceptionnelle, jalonnées de mouillages de rêve, de ports animés et
de plages dont certaines n'accueillent que ceux qui ont choisi de naviguer.
Voici le guide de ce périple maritime d'exception.
Choisir son catamaran et préparer le tour de la Corse, les bases du grand voyage
Le tour de
la Corse en catamaran n'est pas une excursion à la journée. C'est un voyage qui
se prépare avec le sérieux d'une expédition maritime, même si les conditions de
navigation autour de l'île restent globalement accessibles à des équipages
expérimentés. La première décision est celle du format de l'embarcation. Un
catamaran géant — entendons ici un multicoque de quinze mètres et plus — offre
des avantages décisifs pour ce type de périple, stabilité dans la houle, espace
de vie suffisant pour un séjour prolongé à bord, faible tirant d'eau qui
autorise les approches au plus près des plages et des mouillages peu profonds, et
capacité d'emport en eau douce, carburant et provisions qui permet de
s'affranchir plusieurs jours de suite des ports de ravitaillement.
Les loueurs de catamarans hauturiers sont nombreux dans les ports corses et continentaux qui desservent l'île. Ajaccio, Bastia, Bonifacio et Calvi disposent de bases nautiques proposant des modèles récents adaptés au tour complet de l'île. La formule avec skipper professionnel est la plus recommandée pour les équipages qui souhaitent profiter pleinement du voyage sans gérer la responsabilité de la navigation dans des zones parfois exigeantes comme le détroit de Bonifacio, réputé pour ses courants et ses vents soudains.
Le tour
complet de la Corse s'effectue idéalement en dix à quinze jours, selon le
rythme choisi et le nombre d'escales souhaitées. Un équipage pressé peut
boucler le périmètre en une semaine en limitant les étapes, mais cette cadence
sacrifie l'essentiel de ce qui fait la valeur du voyage, la capacité à
s'attarder dans un mouillage de rêve, à renouveler une baignade dans une eau
trop belle pour être quittée trop vite, à explorer à pied une côte que le
bateau vient de longer.
La
météorologie est le paramètre central de la planification. Le détroit de
Bonifacio, au sud, est le passage le plus surveillé du tour, le libeccio et la
tramontane s'y engouffrent avec une violence parfois spectaculaire, et les
skippers expérimentés savent attendre la bonne fenêtre météorologique avant
d'engager leur bateau dans ce couloir naturel. Le reste du périmètre corse est
généralement plus clément, avec des conditions estivales favorables de mai à
octobre sur l'ensemble du littoral.
Le nord de la Corse, du Cap Corse aux plages du désert des Agriates
Le tour de
la Corse commence naturellement depuis Bastia pour ceux qui arrivent par le
nord, ou depuis Calvi pour ceux qui embarquent depuis la façade occidentale. La
presqu'île du Cap Corse constitue la première grande étape maritime du périple,
et elle s'annonce d'emblée comme l'une des plus saisissantes de tout le tour.
Longer la côte est du Cap depuis Bastia, c'est découvrir progressivement une géographie qui n'appartient qu'à elle. Les villages de pêcheurs s'accrochent aux falaises de schiste sombre comme des hirondelles à une paroi de rocher, leurs marines miniatures à peine visibles depuis le large. Erbalunga, avec son vieux bourg génois avancé sur un éperon rocheux que la mer entoure sur trois côtés, est le premier arrêt recommandé. L'ancrage y est facile par beau temps, et la plage de galets qui borde le village offre une première baignade dans des eaux claires et fraîches dont la transparence annonce les merveilles à venir.
En
contournant la pointe nord du Cap Corse, le catamaran bascule sur le versant
ouest, plus sauvage et plus exposé. Les mouillages y sont moins nombreux et moins
abrités, mais les criques que l'on y découvre compensent largement cette
exigence nautique supplémentaire. La plage de Barcaggio, dans son cirque de
sable doré à l'extrémité nord de la presqu'île, est l'un des plus beaux
mouillages du Cap Corse, une baie presque fermée dont les eaux sont d'un vert
saturé caractéristique des fonds sableux peu profonds.
En descendant vers Saint-Florent depuis le Cap Corse, le catamaran aborde l'une des portions les plus précieuses du tour, la côte du désert des Agriates. Ces rivages sanctuarisés, accessibles uniquement par la mer depuis la large, constituent l'argument maritime le plus fort de tout le périmètre corse. Saleccia est le mouillage absolu, celui que tous les marins qui ont fait le tour de la Corse citent spontanément comme le plus beau de l'île. Son sable blanc d'une pureté absolue, son eau turquoise d'une transparence qui laisse voir les étoiles de mer depuis le pont du bateau, son cadre naturel totalement vierge de construction, un mouillage de cette qualité n'a pas d'équivalent en Méditerranée occidentale. La plage de Loto, voisine et légèrement moins connue, offre une alternative d'une beauté équivalente dans un isolement encore plus complet.
La Balagne et la côte ouest, de Calvi à Ajaccio, l'itinéraire des golfes d'exception
Depuis
Saint-Florent, le catamaran longe la côte nord-ouest de la Corse en direction
de Calvi, traversant une portion de littoral d'une grande diversité. Le golfe
de Calvi, que l'on aborde depuis le large avec la silhouette de la citadelle
génoise qui se détache progressivement sur le fond des montagnes de la Balagne,
est l'un des plus beaux golfes de Corse, et le mouillage devant la plage
principale de Calvi offre une perspective sur la ville que même ses habitués
les plus fidèles trouvent toujours émouvante.
Les criques de la presqu'île de la Revellata, au sud du golfe de Calvi, sont accessibles uniquement par la mer pour les plus secrètes d'entre elles. Un grand catamaran peut approcher au plus près de ces anfractuosités rocheuses et des petites plages de sable grossier qui les tapissent, offrant des conditions de snorkeling et de plongée en apnée d'une richesse exceptionnelle dans des eaux protégées par la réglementation de la réserve marine.
La côte qui
descend de Calvi vers Porto est l'une des portions les plus dramatiques du
tour. Les calanques de Piana, inscrites au Patrimoine Mondial de l'UNESCO, se
révèlent depuis la mer dans toute leur démesure géologique. Ces formations de
granit rose sculptées par l'érosion en aiguilles, en arches et en tours
s'élèvent directement depuis l'eau dans une palette de couleurs qui va du rose
pâle au rouge orangé selon l'heure et la lumière. Accoster dans ce secteur
demande une prudence particulière en raison des rochers immergés, mais les
mouillages bien identifiés permettent de s'attarder dans ce décor à couper le
souffle.
Le golfe de
Porto, encadré par les calanques au nord et par la réserve de Scandola au sud,
est le cœur de la côte ouest corse. La réserve naturelle de Scandola,
accessible uniquement par la mer, est l'un des sites naturels les plus précieux
et les plus protégés de toute la Méditerranée. La navigation à vitesse réduite
dans ce périmètre classé, en observant les balbuzards pêcheurs qui plongent en
piqué depuis les falaises de porphyre rouge, les colonies de cormorans huppés
sur les rochers et la clarté absolue d'une eau dont la biodiversité marine est
restée intacte, est une expérience maritime qui marque durablement les
équipages.
La descente
vers Ajaccio longe un littoral progressivement plus habité mais toujours
généreux en mouillages de qualité. Le golfe d'Ajaccio, avec ses îles
Sanguinaires couleur de braise dans la lumière du couchant, est l'un des
panoramas maritimes les plus photographiés de Corse. La ville d'Ajaccio
elle-même, qui s'étend en arc élégant au fond de son golfe, offre une escale de
standing appréciée, le port de plaisance est bien équipé, les restaurants du
bord de mer proposent des tables dignes de la réputation gastronomique de la
capitale corse, et le marché couvert du centre-ville est une escale de
ravitaillement d'une qualité et d'une générosité incomparables.
Le sud de la Corse, les îles Lavezzi, Bonifacio et les plages mythiques du golfe du Valinco
Le sud de la
Corse est la portion du tour qui concentre la plus forte densité de plages
mythiques et de mouillages exceptionnels dans le périmètre le plus restreint.
De Propriano à Bonifacio, la Corse du Sud déploie une succession de golfes, de
plages et d'archipels qui justifient à eux seuls l'ensemble du voyage.
Le golfe du
Valinco, avec Propriano au fond de sa baie, est une escale incontournable. Les
plages qui bordent ses rives nord et sud — Baracci, Portigliolo, les criques de
Campomoro sur la rive gauche — sont accessibles depuis un grand catamaran dans
d'excellentes conditions de mouillage. La plage de Campomoro, au pied de sa
tour génoise, est l'une des plus belles escales du golfe, le sable y est d'une
finesse remarquable, les eaux peu profondes se réchauffent rapidement à la
saison, et la vue depuis le pont du catamaran sur la tour et le village qui
l'entourent compose un tableau d'une cohérence historique et paysagère
parfaite.
En continuant vers le sud depuis Propriano, la côte se fait progressivement plus sauvage et plus escarpée. Les plages de Tizzano, accessible par une piste depuis l'intérieur des terres mais infiniment plus belle vue et abordée depuis la mer, est l'une des escales les plus confidentielles et les plus précieuses du tour corse. Ses fonds de sable blanc bordés d'une eau d'un vert limpide, son isolement relatif et la beauté brute du maquis qui l'encadre côté terre, une escale qui récompense les équipages qui ont eu la patience de descendre jusqu'ici.
Bonifacio
est le passage obligé et le climax maritime du tour de la Corse. Entrer dans le
port de Bonifacio depuis la mer, franchir la passe étroite entre les falaises
de calcaire blanc pour découvrir l'intérieur de la ria et les maisons
médiévales qui surplombent le mouillage depuis le haut de leurs falaises, cette
arrivée est sans conteste l'une des plus spectaculaires de toute la
Méditerranée. Les équipages qui font le tour de la Corse réservent
systématiquement une nuit au port de Bonifacio pour profiter de la ville haute
et des restaurants du bord de l'eau.
Les îles
Lavezzi, que le catamaran atteint en quelques milles nautiques depuis
Bonifacio, constituent le mouillage le plus précieux du tour. Cet archipel de
granit rose classé en réserve naturelle, dont les eaux d'un bleu saturé et les
plages de sable blanc d'une pureté absolue ont fait le tour des magazines de
voyage du monde entier, est l'escale la plus attendue et la plus mémorable du
périple. Mouiller à l'abri des îlots, plonger dans cette eau irréelle, déjeuner
à bord en regardant les balbuzards pêcheurs planifier au-dessus des rochers, une
après-midi aux Lavezzi depuis un grand catamaran est une définition possible de
la perfection maritime.
La côte est et le retour vers le nord, Solenzara, Porto Vecchio et la plaine orientale
Après la
densité émotionnelle du grand sud corse, la côte est offre un rythme différent
— plus long, plus linéaire, avec de grands espaces ouverts entre les escales
qui permettent à l'équipage de reprendre son souffle et de naviguer de nuit si
le programme le permet.
Porto
Vecchio est la première grande escale de la remontée vers le nord. Le golfe de
Porto Vecchio, avec ses plages de Palombaggia et de Santa Giulia que le
catamaran longe depuis le large avant d'entrer dans le port, est l'une des
portions de côte les plus spectaculaires de la Corse du Sud. Les rochers de
granit rose qui émergent de l'eau turquoise, les pinèdes qui descendent
jusqu'au sable, les îles Cerbicale que l'on aperçoit au large dans leur
isolement protégé, le passage devant Porto Vecchio est l'un des moments les
plus photographiés du tour.
Le mouillage
dans le secteur de Palombaggia, pour les catamarans dont le tirant d'eau le
permet, offre l'expérience ultime, dormir à bord avec vue directe sur l'une des
plages les plus belles d'Europe, profiter de la plage au lever du soleil avant
l'arrivée des premiers vacanciers, puis lever l'ancre dans la fraîcheur du
matin avec le sentiment d'avoir bénéficié d'un privilège rare.
La remontée vers Bastia le long de la côte est traverse la plaine orientale corse, portion du littoral la moins spectaculaire du tour mais jalonnée de plages de sable fin peu fréquentées et de lagunes naturelles d'une richesse ornithologique remarquable. Solenzara et sa marina offrent une escale de ravitaillement bien organisée. Moriani plage et ses étendues de sable doré bordées de pinèdes sont des mouillages de nuit reposants avant l'entrée dans les eaux du Cap Corse et la conclusion du tour.
Réussir son tour de la Corse en catamaran géant
Le tour de
la Corse en catamaran géant est une expérience accessible à des équipages
sérieux et bien préparés, mais il exige une organisation rigoureuse dont dépend
en grande partie la qualité du voyage.
Le choix de
la saison est le premier paramètre à maîtriser. Juin et septembre sont les mois
les plus recommandés par les navigateurs expérimentés, des températures idéales
pour la navigation et la baignade, une fréquentation maritime modérée dans les
mouillages les plus prisés, et une lumière d'une qualité photographique
incomparable avec l'éclairage brutal de juillet-août. En plein cœur de l'été,
les mouillages les plus célèbres sont encombrés dès midi et les places
disponibles se raréfient rapidement, ce qui impose soit de partir très tôt le
matin pour réserver sa place, soit de se contenter de mouillages de second
choix.
La
préparation des approvisionnements est une dimension souvent sous-estimée par
les équipages qui font le tour de la Corse pour la première fois. La Corse
dispose d'un réseau de ports et de marines bien équipés, mais les distances
entre les escales de ravitaillement sérieuses peuvent atteindre plusieurs
dizaines de milles nautiques sur les portions les plus sauvages de la côte
ouest. Partir de Bastia ou d'Ajaccio avec des provisions suffisantes pour
plusieurs jours d'autonomie complète est une règle de base que les skippers
expérimentés appliquent systématiquement.
La réglementation maritime autour de la Corse impose une connaissance des zones protégées — réserve de Scandola, réserve des Bouches de Bonifacio, parc marin du Cap Corse — dont les périmètres interdits à la navigation motorisée ou au mouillage sont strictement délimités et signalés. Le respect de ces réglementations est non seulement une obligation légale mais une responsabilité écologique que les équipages conscients de leur impact sur ces milieux fragiles assument volontiers.
Le tour de la Corse en catamaran, un voyage qui transforme le regard
Faire le tour de la Corse en catamaran géant, c'est embrasser l'île dans sa totalité —
sa diversité géologique, la variété de ses côtes, la multiplicité de ses
ambiances maritimes, du Cap Corse sauvage et vertical aux plages lisses du
golfe de Valinco, des falaises calcaires de Bonifacio aux calanques de granit
rose de Piana. C'est découvrir une Corse que la route ne montre jamais, une île
dont la beauté est avant tout maritime et dont les richesses les plus
précieuses sont celles que seul le marin patientent a la chance d'approcher
vraiment.
Le retour au port de départ, après dix ou quinze jours de navigation autour de l'île, laisse un sentiment difficile à analyser et impossible à ignorer, celui d'avoir vu quelque chose de complet, d'entier, d'une cohérence géographique et esthétique que peu de destinations au monde peuvent offrir dans un seul périmètre navigable. La Corse vue depuis la mer est une île plus grande que la Corse vue depuis la terre. Plus généreuse, plus multiple, plus mystérieuse aussi, avec ces côtes sauvages et ces criques sans nom que l'on emporte dans sa mémoire comme des trésors personnels.








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