dimanche 25 janvier 2026

Partir en promenade du port d'Ajaccio, cap sur les merveilles maritimes corses

Les féeriques promenades en mer  au départ d'Ajaccio et Porticcio

Le port Tino Rossi s'éveille dans la lumière matinale. Les semi-rigides se balancent doucement le long des quais, skippers affairés préparant l'appareillage. Face à la place Foch et son marché bigarré, Ajaccio dévoile sa vocation maritime millénaire. C'est ici, depuis ce port niché au creux du golfe, que partent les promenades en mer les plus spectaculaires de Corse du Sud. Embarquer à Ajaccio, c'est ouvrir les portes d'un territoire insulaire où la roche se teinte de pourpre, où les eaux rivalisent de transparence, où le patrimoine naturel côtoie l'héritage génois. Du lever au coucher du soleil, les bateaux défilent vers des destinations mythiques, l'archipel flamboyant des Sanguinaires tout proche, la réserve classée de Scandola au nord, les falaises vertigineuses de Bonifacio au sud. Ajaccio se révèle comme un carrefour maritime privilégié, point de départ vers ces théâtres naturels où la Méditerranée déploie ses plus beaux atours. La cité impériale invite à larguer les amarres.

Les îles Sanguinaires, joyau pourpre au seuil du golfe

À peine quitté le port d'Ajaccio, l'embarcation met le cap vers l'ouest. Quinze minutes suffisent pour atteindre l'archipel des Sanguinaires, cet ensemble de quatre îlots de porphyre rouge qui gardent l'entrée du golfe depuis des millénaires. Mezzu Mare, la plus imposante, dresse son phare blanc vers le ciel depuis 1870. Les trois autres – l'Isolotto des Cormorans, Cala d'Alga et Porri – dessinent une enfilade rocheuse d'une beauté sauvage.

Le nom même de ces îles attise la curiosité. Sanguinaires, le mot évoque le sang, la pourpre, le feu. Plusieurs hypothèses s'affrontent depuis des siècles. Certains y voient la teinte flamboyante que prennent les roches au coucher du soleil, quand les derniers rayons embrasent la diorite sombre d'une lumière cramoisie. D'autres évoquent les frankénies, ces plantes rases aux fleurs délicates qui tapissent les îlots et virent au rouge en fin de saison. Une troisième école penche pour une déformation du nom Sagone, ce golfe situé plus au nord.

Labellisé Grand Site de France depuis 2017, l'archipel bénéficie d'une protection stricte. Les goélands leucophées nichent ici par centaines, leurs cris stridents résonnant contre les parois rocheuses. Les puffins cendrés, oiseaux marins pélagiques, reviennent à la nuit tombée après leurs longues errances océaniques. Les cormorans huppés sèchent leurs ailes déployées sur les rochers affleurants. Cette concentration ornithologique justifie le classement Natura 2000.

Sur Mezzu Mare, accessible lors des escales, le patrimoine bâti témoigne d'une histoire tourmentée. La tour génoise du XVIe siècle veille toujours, malgré les assauts des tempêtes. Le lazaret construit en 1806 dresse ses ruines pittoresques, vestige d'une époque où les marins revenaient d'Afrique après la pêche au corail et devaient observer une quarantaine sanitaire. Le sémaphore désaffecté de 1865 contemple toujours le large, même si ses veilleurs ont déserté les lieux depuis 1955. Et le phare, automatisé en 1985, continue de balayer la nuit de son faisceau lumineux.

Alphonse Daudet immortalisa ces îles dans ses Lettres de mon moulin, évoquant avec lyrisme ce royaume minéral battu par les flots, "Figurez-vous une île rougeâtre et d'aspect farouche ; le phare à une pointe, à l'autre une vieille tour génoise où, de mon temps, logeait un aigle." Cette prose romantique contribua à la renommée des Sanguinaires, attirant depuis lors des voyageurs en quête d'absolu maritime.

Les excursions depuis Ajaccio permettent différentes approches. La promenade classique de trois heures longe la côte nord de la cité impériale, passe devant la villa du chanteur Tino Rossi, frôle la chapelle grecque édifiée pour les bergers hellènes réfugiés à Ajaccio, contourne la pointe de la Parata avec sa tour génoise plantée sur le promontoire, puis file vers l'archipel. Le soir venu, d'autres croisières se concentrent sur le spectacle du coucher de soleil, moment magique où la pierre vire à l'incandescent. À bord, dégustations de vins corses et planches de charcuteries ponctuent ces odyssées crépusculaires.

Cap au nord, Scandola, Girolata et les Calanques de Piana

Pour les navigateurs en quête de grandeur, la promenade vers le nord constitue l'excursion reine depuis Ajaccio. Le périple dure une journée entière, car la réserve naturelle de Scandola se mérite. Trois heures de navigation séparent le port Tino Rossi de ce sanctuaire classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. L'attente s'efface devant le spectacle qui surgit soudain.

Scandola se dévoile comme un chaos minéral vertigineux. Les orgues de basalte rouge plongent dans une mer d'un bleu profond, presque noir par endroits. La roche volcanique, sculptée par l'érosion marine et éolienne depuis des millions d'années, dessine des formes fantastiques, colonnes parfaitement cylindriques, grottes béantes dans les falaises, arches naturelles sous lesquelles glissent les embarcations. Le bateau s'approche au plus près des parois, révélant la richesse de cette forteresse minérale.

La réserve abrite une biodiversité marine exceptionnelle. Les eaux cristallines laissent deviner les herbiers de posidonie ondulant sur les fonds rocheux. Les mérous, espèce protégée, patrouillent tranquillement entre les rochers. Les cormorans huppés se perchent sur les escarpements. Et parfois, les balbuzards pêcheurs survolent les flots, scrutant la surface avant de piquer sur un poisson imprudent. Ces rapaces maritimes, devenus rarissimes en Méditerranée, trouvent ici un havre préservé.

La navigation se poursuit vers Girolata, hameau accessible uniquement par bateau ou après une longue marche depuis le col de la Croix. Une poignée de maisons se serre autour de la tour génoise, au fond d'une baie parfaitement protégée. C'est l'escale déjeuner, moment suspendu où les passagers descendent à terre pour déguster dans les restaurants les produits de la pêche locale, langoustes grillées, loups en croûte de sel, daurades aux herbes du maquis. Le village somnole dans sa torpeur estivale, préservé du tourisme de masse par son isolement.

L'après-midi réserve l'apothéose, les Calanques de Piana. Ces sculptures de granite rouge, façonnées par l'érosion en formes délirantes, se dressent sur plusieurs centaines de mètres de hauteur. Le bateau longe lentement ces murailles fantasmagoriques où l'imagination voit surgir visages, animaux, forteresses ruinées. Le Château Fort, l'Évêque, le Cœur, les rochers portent des noms évocateurs. La lumière joue sur les parois, révélant des nuances infinies du rose pâle au rouge sang.

La pause baignade s'effectue au pied du Capo Rosso, cette péninsule où la tour de Turghju veille depuis le XVIe siècle. L'eau y est d'une transparence hallucinante, révélant les fonds rocheux jusqu'à plusieurs dizaines de mètres de profondeur. Les passagers plongent depuis l'échelle de bain, savourant la fraîcheur délicieuse après les heures de navigation sous le soleil. Masques et tubas dévoilent un aquarium naturel où évoluent sars, girelles et pageots.

Le retour vers Ajaccio s'effectue en fin d'après-midi, longeant la côte découpée de la Balagne méridionale. Les passagers, grisés par cette journée d'émerveillement, contemplent les montagnes corses se détachant sur le ciel rosi. L'arrivée au port, vers dix-neuf heures, marque la fin d'une odyssée qui laisse des souvenirs impérissables.

Route du sud, Bonifacio et l'archipel des Lavezzi

L'autre grande destination maritime depuis Ajaccio se trouve à l'opposé, vers l'extrême sud insulaire. Bonifacio, cité médiévale perchée sur ses falaises de calcaire blanc, attire les regards depuis des siècles. La promenade en mer qui y conduit constitue une aventure maritime majeure, réclamant également une journée complète tant la distance est conséquente.

Le bateau file plein sud, longeant d'abord la côte méridionale du golfe d'Ajaccio. Les criques se succèdent, alternant plages de sable fin et promontoires rocheux. Porticcio défile sur tribord, station balnéaire prisée des Ajacciens en quête de rivages proches. Puis vient la réserve naturelle de Cerbicale et ses îlots rocheux où nichent goélands et puffins. Le maquis descend jusqu'à la mer, exhalant ses parfums de ciste et de myrte que les embruns portent jusqu'aux passagers.

L'approche de Bonifacio procure un choc visuel. La ville haute se dresse au sommet d'une falaise vertigineuse, ses maisons aux façades ocre semblant suspendues dans le vide, défiant les lois de l'équilibre. Les fortifications génoises couronnent le promontoire, témoignant de l'importance stratégique de cette place forte qui contrôlait le détroit séparant la Corse de la Sardaigne. Le bateau s'engage dans les bouches de Bonifacio, ces eaux tourmentées où les courants violents et les écueils traîtres ont fait sombrer des centaines de navires au fil des siècles.

La visite se poursuit par une escale permettant de gravir les escaliers taillés dans la falaise, le célèbre escalier du Roi d'Aragon aux cent quatre-vingt-sept marches, ou de flâner dans les ruelles médiévales de la citadelle. Les boutiques d'artisans, les cafés ombragés, les églises romanes invitent à la découverte pédestre. Mais la mer rappelle vite les navigateurs.

Cap est mis sur l'archipel des Lavezzi, sanctuaire granitique situé à quelques milles au large. Ces îlots parsemés de rochers aux formes sculptées par les éléments offrent des paysages d'une beauté irréelle. Le granite poli par les vagues prend des teintes grises et roses, contrastant avec le turquoise éclatant des eaux peu profondes. Les plages de sable blanc, accessibles uniquement par bateau, invitent à la baignade dans un décor de carte postale.

La réserve naturelle des Lavezzi protège des fonds marins d'une richesse exceptionnelle. Les posidonie forment des prairies sous-marines luxuriantes où se cachent poulpes, seiches et hippocampes. Les mérous patrouillent entre les rochers. Les bancs de sars et de castagnoles évoluent dans une eau d'une clarté sidérante. Le mouillage dans ces eaux protégées permet une pause déjeuner mémorable, bercé par le clapotis des vagues sur les coques.

Le retour vers Ajaccio s'étire sur plusieurs heures, offrant le temps de digérer cette journée intense. Les passagers, allongés sur les coussins du pont, se laissent bercer par le ronronnement des moteurs et le défilé des côtes sauvages. L'arrivée au port, en soirée, clôt une promenade qui aura révélé la diversité stupéfiante des rivages corses.

Promenades intimistes, le golfe d'Ajaccio et ses secrets

Pour qui ne dispose que de quelques heures, Ajaccio offre des échappées maritimes plus courtes mais tout aussi séduisantes. Le golfe recèle de criques secrètes et de plages accessibles uniquement par la mer, promesses d'escapades intimistes loin des foules estivales.

Les excursions vers la rive sud du golfe révèlent des rivages préservés. La plage de Mare e Sole étale son sable blanc bordé de pins parasols. La plage d'Argent, confidentielle, se love dans une anse rocheuse où l'eau prend des teintes de lagon. Les embarcations mouillent à quelques mètres du rivage, permettant aux passagers de rejoindre la plage à la nage ou de rester à bord pour savourer la tranquillité des lieux.

Porticcio, station balnéaire située à vingt minutes de navigation depuis Ajaccio, propose de belles plages et une ambiance décontractée. Les navettes maritimes relient quotidiennement les deux rives du golfe, offrant une alternative pratique à la route côtière souvent congestionnée en période estivale. Cette traversée d'une demi-heure permet d'admirer Ajaccio depuis la mer, découvrant la ville impériale sous un angle inédit, la citadelle génoise dominant le port, la cathédrale baroque dressant son clocher ocre, les immeubles haussmanniens du front de mer alignés avec élégance.

Les sorties en fin de journée privilégient l'atmosphère magique du crépuscule. Le soleil décline vers l'horizon occidental, embrasant le golfe de reflets dorés et cuivrés. Les montagnes qui encadrent Ajaccio se découpent en silhouettes sombres sur le ciel flamboyant. Les îles Sanguinaires, à contre-jour, prennent des allures de dragons pétrifiés. À bord, un apéritif composé de produits insulaires – charcuteries, fromages, vins – accompagne ce spectacle naturel quotidien qui ne lasse jamais.

Certaines excursions proposent des formules plus sportives. Les sorties en jet-ski permettent de longer rapidement les côtes, multipliant les escales baignade dans des criques inaccessibles autrement. Les sorties en paddle ou kayak offrent une approche plus contemplative, glissant silencieusement le long des rochers où se cachent poulpes et anémones. Les baptêmes de plongée initient les néophytes aux merveilles sous-marines du golfe, guidés par des moniteurs passionnés qui dévoilent ce monde silencieux peuplé de mérous, murènes et langoustes.

Le plaisir de naviguer depuis Ajaccio

Organiser sa promenade maritime depuis Ajaccio nécessite quelques préparatifs pour profiter pleinement de l'expérience. La saison s'étend d'avril à octobre, avec des conditions optimales de juin à septembre. Le printemps et l'automne offrent l'avantage d'une fréquentation plus modérée et de tarifs légèrement inférieurs, tout en bénéficiant d'une météo généralement clémente.

Les tarifs varient considérablement selon la destination et la durée. Une excursion de trois heures vers les îles Sanguinaires débute autour de trente à quarante euros par personne. Les croisières au coucher du soleil avec apéritif atteignent cinquante à soixante euros. Les odyssées d'une journée vers Scandola ou Bonifacio oscillent entre quatre-vingt-dix et cent quarante euros, repas inclus selon les prestations. Ces prix s'entendent pour des excursions en groupe sur des bateaux accueillant entre douze et cent passagers selon les embarcations.

Pour une expérience plus exclusive, la location d'un bateau avec skipper permet de personnaliser l'itinéraire et de naviguer en comité restreint. Les tarifs grimpent en conséquence, mais le service sur mesure justifie l'investissement pour qui recherche l'intimité et la flexibilité.

La réservation s'effectue idéalement quelques jours à l'avance en haute saison, car les places s'arrachent rapidement. Les prestataires sérieux disposent de sites internet permettant la réservation en ligne sécurisée. Au port Tino Rossi, plusieurs compagnies se partagent les quais, chacune proposant des formules légèrement différentes. N'hésitez pas à comparer les offres et à lire les avis avant de choisir.

Que mettre dans son sac pour une journée en mer ? L'essentiel tient en peu de choses, maillot de bain, serviette, lunettes de soleil, crème solaire haute protection, casquette ou chapeau. Un coupe-vent léger s'avère précieux pour les moments de navigation rapide. Bouteille d'eau et petit en-cas complètent l'équipement de base, même si les excursions longues incluent généralement repas et boissons. N'oubliez pas masque et tuba pour explorer les fonds lors des pauses baignade.

Les conditions météorologiques dictent la navigation. En cas de mer formée ou de vents violents, les sorties vers les destinations lointaines sont annulées par sécurité. Les excursions vers les Sanguinaires, proches et protégées, restent généralement possibles même par temps agité. Les compagnies proposent le report ou le remboursement intégral en cas d'annulation météorologique.

Ajaccio, port d'attache vers l'émerveillement

Partir en promenade depuis le port d'Ajaccio, c'est s'offrir bien davantage qu'une simple sortie en mer. C'est pénétrer dans l'intimité d'une île farouche qui ne révèle sa beauté profonde que depuis les flots. C'est comprendre pourquoi la Corse porte le nom d'île de Beauté, surnom qui prend tout son sens face aux Sanguinaires embrasées par le couchant, aux orgues vertigineux de Scandola, aux falaises blanches de Bonifacio.

Ajaccio se révèle comme un carrefour maritime privilégié, point de convergence d'où rayonnent les promenades vers les sites les plus spectaculaires de Méditerranée occidentale. La cité impériale ne se contente pas d'être la ville natale de Napoléon ou une étape balnéaire agréable. Elle constitue la porte d'entrée maritime vers des territoires que la terre refuse d'atteindre, vers ces rivages sauvages où seule la navigation permet l'approche.

À bord des embarcations qui sillonnent ces eaux depuis le port Tino Rossi, se dessine une autre manière d'appréhender l'insularité corse. Le rythme ralentit, dicté par les vagues et le vent. Les préoccupations terrestres s'évanouissent face à l'immensité bleue. Les sens s'aiguisent, captant le parfum iodé des embruns, la caresse du soleil sur la peau, le cri des goélands, la saveur saline sur les lèvres.

Que l'on choisisse l'échappée crépusculaire vers les Sanguinaires, l'odyssée nordique vers Scandola, l'aventure méridionale vers Bonifacio, ou les promenades intimistes dans le golfe, Ajaccio offre l'embarquement vers l'émerveillement. Il suffit de descendre au port, de choisir sa destination, puis de se laisser porter vers ces horizons où la mer et la pierre composent une symphonie minérale qui ne cesse jamais de fasciner. L'île attend, révélant ses secrets à ceux qui acceptent l'invitation du large.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Partir en promenade du port d'Ajaccio, cap sur les merveilles maritimes corses

Les féeriques promenades en mer  au départ d'Ajaccio et Porticcio Le port Tino Rossi s'éveille dans la lumière matinale. Les semi-ri...